Techniquement je suis enceinte.

Jusqu’à ce que le verdict de la prise de sang ne vienne infirmer cet état de fait dans une dizaine de jours.
Ce n’est pas que je sois pessimiste. J’essaie avant tout de me préparer au pire scénario pour mieux encaisser la déception le jour venu. Parce qu’après une année de déception et malgré ma plus grande sérénité face à cette dernière tentative de FIV – qui ne sera finalement peut-être pas la dernière, dixit notre médecin – je sais que je rentre dans la période durant laquelle je ne contrôle plus mes émotions.

Cette dernière semaine a été éprouvante.
En huit jours, nous avons cumulé quatre rendez-vous au centre de PMA de Reims. Quatre aller-retours. Huit heures de trajet pour des rendez-vous le plus souvent matinaux :
– une première échographie pour vérifier ma réaction au nouveau traitement de stimulation – « positif mais peut mieux faire », on se croirait de retour au lycée !
– une seconde échographie pour valider le déclenchement de l’ovulation, auquel se sont rajoutés un rendez-vous avec l’anesthésiste, un passage au labo et une attente pour l’enregistrement de mon admission
– une hospitalisation d’une demi-journée pour la ponction des ovocytes sous anesthésie générale – le commentaire du médecin est lapidaire et sans appel « sur les six ovocytes prélevés, quatre sont dits réguliers ; et sur ces quatre-là, deux sont matures et donc potentiellement fécondables ». Je reste néanmoins positive, c’est déjà le double de lors de la précédente FIV !
– et pour finir la réimplantation d’un seul et unique embryon, le second n’ayant finalement pas évolué favorablement
Le tout entrecoupé de journées de travail surchargées pour compenser nos absences imposées à la dernière minute par mon cycle.

Aujourd’hui, au lendemain de la réimplantation, je subis à la fois le contrecoup de l’anesthésie générale et des différents traitements qui introduisent dans mon corps une dose massive d’hormones aux charmants effets secondaires.
Une fatigue persistante. Des émotions à fleur de peau. La grâce d’une baleine qui se serait échouée sur la côte.
Et je l’avoue, une certaine désillusion concernant tout le processus de la FIV…
Parce que le discours initial du médecin nous faisait miroiter jusqu’à dix ovocytes prélevés à chaque traitement, plusieurs fécondations réussies, deux embryons réimplantés à chaque tentative avec la possibilité de congeler les autres pour une réimplantation ultérieure – ou pour en faire don si grossesse il y avait.
On n’entend que ce que l’on veut entendre.

Il m’arrive parfois, l’espace d’un instant, d’envier ces femmes pour qui avoir un enfant est simple. Pour qui l’insémination a marché. Pour qui une FIV rime avec plusieurs embryons.
Et puis je regarde ces couples qui patientent avec nous en salle d’attente. Sachant pertinemment que si certains auront le bonheur de réaliser leur rêve, d’autres tourneront la page de cet espoir déçu pour entamer un autre chapitre de leur vie.
La vie est ainsi faite.

 

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