Comme tous les soirs depuis trente ans, Boris Yustinov vint s’asseoir à la table de verre de la salle à manger à dix-neuf heures trente précises. Sets de table impeccablement amidonnés, assiettes d’un blanc éclatant, verres étincelants, couverts soigneusement alignés.
Il saisit le pichet transparent d’une main ferme, remplit son verre d’eau, déplia sa serviette sur ses genoux et attendit que son épouse le rejoigne.
Alors qu’il levait les yeux vers l’entrée de la cuisine, Suzette fit son apparition, un plateau dans les mains. Elle déposa avec soin un bol fumant dans l’assiette de son conjoint avant de s’asseoir de l’autre côté de la table.
– Bon appétit, dit-elle en dépliant à son tour sa serviette.
– Merci, toi aussi.
Boris plongea avec satisfaction sa cuillère dans l’onctueux potage du mardi, un velouté de potiron à la crème fraîche de la marque Knorr.
– Tu as passé une bonne journée ? demanda-t-il après avoir savouré cette première cuillérée.
– Satisfaisante. J’ai remis au propre mes observations des dernières nuits. La progression de C/2017 O1 est plus rapide qu’initialement prévue, cela demande une surveillance accrue et une mise à jour constante des calculs de trajectoire.
Hochement de tête approbateur de son vis-à-vis.
– Et toi, comment avance ton projet de cyno-robot ?
– Les tests menés par Maxime n’ont pas donné les résultats escomptés, j’ai noté des anomalies comportementales qu’il va falloir solutionner. Je n’aurais jamais dû le laisser tenter cette approche, nous avons perdu plusieurs mois.
– Son idée était pourtant intéressante, remarqua Suzette.
– En théorie, reconnut son époux. L’intervention de l’éleveur canin nous a permis de cerner les caractéristiques propres aux différentes races envisagées. Mais cela rend la programmation d’autant plus complexe. Maxime n’est pas assez expérimenté pour envisager les potentialités dans leur globalité.
– Il est jeune, il va apprendre. Rappelle-toi de tes débuts, ton purificateur d’air à impulsions automatisées.
Boris tourna la tête vers l’appareil branché dans un coin de la pièce, un cube brillant à la face supérieure rappelant vaguement la face cinq d’un dé à jouer.
– Il fonctionne parfaitement, protesta-t-il avec satisfaction.
– Ce modèle-ci, pas ceux qui l’ont précédé.
– Il s’agissait de simples erreurs de calcul, je n’avais pas d’ordinateurs aussi puissants que ceux dont nous disposons aujourd’hui.
– Mais tu as appris de tes erreurs. Et Maxime fera de même.
Sans attendre de réponse, Suzette se leva de table, empila les bols désormais vides sur le plateau et regagna la cuisine.

***

Sur l’écran de la télévision passaient, en replay, les images d’un reportage sur les dangers des villes hyperconnectées diffusé quelques semaines plus tôt sur Arte. Les jambes croisées, appuyé contre le dossier du canapé en simili-cuir, Boris suivait attentivement les arguments avancés par les détracteurs du progrès à tout prix. Des arguments qu’il connaissait bien, qui lui étaient régulièrement opposés lorsqu’il parlait intelligence artificielle ou robots humanoïdes.
La sonnerie de son téléphone portable retentit soudain. Boris mit le reportage en pause avant de se saisir de l’appareil. Sur l’écran s’affichait la photo d’une jeune femme blonde d’une vingtaine d’années.
– Professeur Boris Yustinov, répondit-il par habitude.
– Bonjour papa, fit la jeune voix de sa fille. Je ne te dérange pas ?
– Non, je regardais un documentaire sur les cités intelligentes mis en ligne cet été. Je finirai de le visionner plus tard.
– Comment vas-tu ? s’enquit-elle avec un intérêt sincère.
– Bien, très occupé. Mes derniers travaux sont satisfaisants. Si les prochaines expérimentations donnent les résultats escomptés, on devrait pouvoir envisager une commercialisation.
– C’est bien ça. Et d’un point de vue plus… personnel ? Tu sors un peu ?
Se levant du canapé, Boris se planta devant la baie vitrée qui donnait sur le carré de sable soigneusement ratissé de la cour intérieure.
– Tu me connais, je suis très pris par mon travail.
Puis, anticipant les protestations de sa fille, il ajouta :
– Il y a de très beaux coins de pêche dans l’arrière-pays. Et l’épouse du professeur Laplace-Gaillard organise régulièrement des dîners mondains. J’ai d’ailleurs eu une conversation avec le député Victorien Leclercq pas plus tard que la semaine dernière ; c’est un homme remarquable, extrêmement intelligent. Tu as lu l’interview qu’il a accordée au magazine Le Point ?
– Non… non, je ne l’ai pas lue. Mais je suis contente que tu ne t’enfermes pas à la maison, papa.
– Voyons moya dorogaya, je l’avais promis à ta mère.
Changeant volontairement de sujet, il la questionna à son tour :
– Et toi, tu vas bien ? Comment ça se passe avec tes nouveaux colocataires ? Tu réussis à étudier sérieusement ?
Comme il s’y attendait, la jeune femme enchaîna avec plaisir sur les récents événements de sa vie d’étudiante en école d’ingénieur. Son prochain stage à l’ENPS, ses sorties au cinéma avec son amie Vanessa, sa dernière compétition de judo.
Lorsqu’ils raccrochèrent, quelques vingt minutes plus tard, ils étaient l’un et l’autre satisfaits de leur conversation.
Boris s’apprêtait à se réinstaller sur le canapé pour terminer le visionnage du documentaire lorsqu’il entendit la Ford Fiesta de son épouse s’arrêter devant la maison. Il sortit la rejoindre.
Le coffre de la voiture ouvert, un volumineux sac de courses dans chaque main, Suzette remontait déjà le chemin qui menait à la porte d’entrée.
– Bérangère vient d’appeler, lui annonça-t-il en saisissant un pack d’eau gazeuse.
– Tout va bien ? demanda-t-elle aussitôt.
– Très bien, elle a brillamment réussi ses derniers examens et elle attend avec impatience son stage à l’ENPS. Elle pense fort à toi. Elle s’inquiétait que je ne te sorte pas assez.
– C’est une gentille fille, remarqua Suzette en posant les sacs de courses sur le plan de travail de la cuisine. Toujours soucieuse des autres. Parfois trop, mais je ne le lui reprocherai pas cette fois, pas quand elle s’inquiète de ses parents.
Un regard de compréhension passa entre eux.

***

La nuit d’automne était tombée depuis un moment.
Assis devant l’écran de son ordinateur surpuissant, Boris s’accordait une pause en jouant aux échecs sur internet. Son adversaire, un chercheur ukrainien rencontré lors d’un congrès sur les processus cognitifs humains, était un joueur opiniâtre et leurs parties s’étalaient parfois sur plusieurs mois.
La dernière en date avait débuté quinze jours plus tôt et il réfléchissait depuis le début de la soirée à son prochain mouvement, cherchant à contrer une tactique audacieuse qui mettait sa tour en péril.
Un bruit de vaisselle brisée vint soudain interrompre ses réflexions. Boris releva la tête de l’écran lumineux, attentif. Le son venait-il de la télévision, ou bien était-il réel ?
Le bruit se répéta bientôt, suivi du claquement d’une porte de placard. Boris se leva et se dirigea vers la cuisine.
Accroupie à côté du lave-vaisselle ouvert, Suzette balayait des morceaux de porcelaine.
– Tu as cassé une assiette ? demanda Boris.
– Et une tasse. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je pensais les tenir dans ma main, mais elles m’ont échappé. Comme si je n’arrivais plus à serrer les doigts.
Une ride creusa le front de son époux, profondément.
– Sans doute un peu de fatigue, avança-t-il. Tu as beaucoup travaillé dernièrement.
– Oui, c’est vrai, reconnut Suzette après un court silence.
– Si tu allais te coucher tôt, pour une fois ?
– Il faut que je finisse de vider le lave-vaisselle, objecta-t-elle.
– Ça peut attendre. Tu le feras demain… Je peux aussi m’en occuper.
– Tu as raison, fit-elle en rangeant la pelle et la balayette dans le placard. Je vais aller recharger mes batteries.
Sans un mot, Boris regarda son épouse sortir de la cuisine. Il resta un moment immobile, avant de se tourner vers l’appareil électroménager resté ouvert et commencer à ranger vaisselle et couverts.
La cuisine à nouveau immaculée, il retourna à son bureau, s’assit devant son ordinateur, ferma le logiciel d’échecs toujours en attente de son prochain mouvement. Cliqua sur un dossier intitulé SUZETTE sur son écran.
Une ombre venait de se glisser dans ses pensées.

***

Une vieille veste matelassée sur le dos, Boris profitait d’un dimanche timidement ensoleillé pour ratisser les feuilles mortes qui avaient envahi la pelouse.
Dans le jardin d’en face, les fils Castalle jouaient au ballon sous la surveillance de leur père qui lavait la berline familiale. Assise sous le porche, la benjamine de la fratrie avait étalé ses cubes colorés autour d’elle.
Une Twingo d’un bleu écaillé approcha à petite vitesse, avant de ralentir et de s’arrêter devant le numéro cinquante-trois de la rue du bois. Lui tournant le dos, Boris ne remarqua pas la jeune femme blonde qui en descendit. Cette dernière jeta un rapide coup d’œil autour d’elle, enfila la veste en jean qu’elle tenait à la main et s’approcha du tas de feuilles mortes qui montait la garde à côté de l’entrée du chemin pavé.
– Papa ?
Boris leva la tête du râteau qu’il maniait avec précision.
– Bérangère ? s’exclama-t-il, surpris. Qu’est-ce que tu fais là ?
– J’ai quelques jours de vacances avant le début de mon stage, j’avais envie de voir la nouvelle maison. Tu n’es pas content de me voir ?
– Si… si, bien sûr. C’est juste… inattendu.
– Je te connais, si je t’avais prévenu tu m’aurais dissuadée de venir. Comme tu l’as fait à Noël dernier ou à ton anniversaire.
S’approchant de lui, la jeune femme serra son père dans ses bras et déposa un baiser sur sa joue. Maladroitement, Boris lui rendit son étreinte.
– Tu m’as manqué, tu sais, souffla-t-elle à son oreille.
– Toi aussi, moya dorogaya.
– Ça a l’air joli par ici, remarqua Bérangère en s’écartant d’un geste naturel, le regard posé sur les collines boisées à l’horizon.
– C’est une agréable région de vignobles, approuva son père.
– Tu me fais visiter la maison ?
– Bien sûr, bien sûr…
Abandonnant râteau et feuilles mortes sur la pelouse, Boris la précéda dans la villa moderne, son entrée dépouillée, sa vaste pièce de vie en T intelligemment divisée. Cuisine toute équipée et salon au téléviseur grand écran.
– Assieds-toi, lui proposa-t-il devant le canapé en simili-cuir.
Puis, montrant sa tenue de jardinage, il ajouta :
– Je vais me changer, je reviens tout de suite.
Laissant Bérangère derrière lui, il se dirigea vers la salle de bain. Passé l’angle du couloir, il changea de direction et poussa la porte de la chambre. Allongée sur le lit, Suzette avait les yeux fermés et semblait dormir, un fin tuyau transparent piqué dans le bras.

***

Appuyée contre le plan de travail, Bérangère regarda son père déboucher une bouteille et verser le vin rosé.
– Tiens, goûte-moi ça, dit-il en lui tendant un verre.
La jeune femme prit une gorgée, en apprécia lentement la fraîcheur aromatique, les notes acidulées d’agrumes.
– C’est vrai qu’il est bon. Je ne te savais pas si fin connaisseur.
– Je ne le suis pas, c’est le professeur Fernandes qui m’a fait découvrir ce Château Turcaud. Ça fait plus de quarante ans qu’il vit dans la région, il connaît tous les producteurs locaux.
Confirmant son manque de connaissance, Boris vida d’un trait la moitié de son verre avant de le reposer sur le plan de travail. Il ouvrit le congélateur, en sortit deux portions individuelles de gratin de légumes du soleil de la marque Picard qu’il déballa et mit au four.
– Je vois que tu n’as pas changé tes habitudes alimentaires.
– Je n’ai jamais su cuisiner, ce n’est pas à mon âge que ça va changer.
– Qui sait, quand tu seras à la retraite, tu…
La voix de Bérangère s’interrompit d’un coup. Un silence suivi du bruit du verre se brisant sur le sol. Puis un cri, un hurlement aigu qui vrilla les tympans de son père. Qui s’éternisa. Qui réussit presque à dissimuler le « Boris ? » interrogateur prononcé par Suzette, debout à l’entrée de la cuisine.
Le carton d’emballage encore dans les mains, Boris rattrapa sa fille qui chancelait.
– Elle va se trouver mal, remarqua son épouse. Emmène-la sur le canapé, je vais chercher un alcool plus fort que ce rosé.

***

Quelques minutes plus tard, à moitié allongée sur le canapé, Bérangère reprenait ses esprits. S’agrippant au bras de son père, elle balbutia :
– Ce n’est pas vrai, dis-moi que ce n’est pas vrai. Que j’ai rêvé. Que c’est un cauchemar. Que ce n’est pas maman que j’ai vue !
– Ce n’est pas ta mère, confirma Boris.
– Elle lui ressemble tellement ! C’est son sosie ? Tu es tombé sur le sosie de maman dans le Bordelais ?
– Non, ce n’est pas son sosie. Pas vraiment, ajouta-t-il.
– Je… je ne comprends pas.
Attrapant un verre remplit de liquide transparent posé sur la table basse, Boris le tendit à sa fille.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda cette dernière, méfiante.
– De la vodka. C’est tout ce qu’il y a à la maison en alcool fort.
Puis, Bérangère le fixant sans bouger, il insista :
– Bois. Après je te donnerai une lettre de ta mère.
Sous le choc, la jeune femme porta le verre à ses lèvres, s’étrangla sur la première gorgée avant de le boire sans reprendre son souffle. Dans le même temps, son père se levait et commençait à arpenter le salon en murmurant « Ça ne devait pas se passer comme ça, non, ce n’est pas de cette manière que tu devais l’apprendre, pas si tôt… »
Le verre, vide cette fois, posé sur la table basse.
– Papa ?
Attrapant l’enveloppe qu’il était allé chercher dans un tiroir de son bureau, Boris la remit dans les mains de sa fille. Sur le dessus, s’étalait le prénom de la jeune femme. À l’intérieur, quelques feuillets couverts de l’écriture reconnaissable de son épouse.
Elle commença à lire, tremblante.

« Bérangère,
Si tu lis cette lettre aujourd’hui, c’est que ton père a achevé l’œuvre de sa vie et que tu as rencontré celle qui me remplace par-delà la maladie et la mort. Je sais que ce sera difficile à accepter pour toi. Si je ne connaissais pas ton père depuis des années, son ambition et le rêve qu’il poursuit, moi aussi j’aurais du mal à comprendre.
Lorsque je l’ai rencontré, Boris était un étudiant brillant, idéaliste, tourné vers un futur qu’il rêvait meilleur. Qu’il rêvait de rendre meilleur et accessible à tous grâce à ses inventions. Tu connais tous les petits gadgets qu’il a créés et qui ont amélioré notre vie au quotidien. Féru de science-fiction, il a toujours été persuadé qu’un jour, nous serions capables de créer des robots à notre image, avec une intelligence humaine. Toute sa vie, il a travaillé en secret sur ce projet. Cherchant des mécènes qui accepteraient de financer ses recherches sans chercher à utiliser ses découvertes à mauvais escient. Le manque d’argent a été son plus grand frein.
Lorsque nous nous sommes mariés, nous avons, chacun de notre côté, contracté une assurance-vie qui devait mettre à l’abri du besoin celui de nous deux qui survivrait à l’autre. Nous n’étions pas riches à l’époque. Quelques années plus tard, notre situation financière s’est améliorée et ma carrière a pris un tournant inattendu. J’ai alors commencé à verser des sommes beaucoup plus conséquentes sur mon assurance-vie. Sans le dire à ton père. Sans me douter de ce que l’avenir me réservait.
Les premiers signes de la maladie ont fait leur apparition juste avant mes quarante ans. Très rapidement, j’ai compris qu’il s’agissait d’un cancer. Et qu’il serait le plus fort. La plupart des femmes de ma famille sont mortes jeunes. Mais ne crois pas que je n’ai pas lutté. Pour toi, pour ton père. Il y a eu une première rémission et j’ai cru, espéré, que la science aurait le dessus. Puis il y a eu cette rechute. Celle qui m’a amputé d’une partie de moi. Celle qui ne m’a laissé aucune chance. Celle qui a précipité ma décision d’arrêter les traitements, de partir en paix en offrant à ton père l’opportunité de mener le projet de sa vie à son terme avec l’argent de l’assurance-vie.
Ne me condamne pas, j’ai vu ma mère et ma tante partir dans d’atroces souffrances. Je ne voulais pas vivre ça. Pour moi ce n’était pas baisser les bras, c’était partir dignement, de la manière dont je l’avais choisi. Mais je savais également que je ne partirai pas complètement.
Dès le début de notre mariage, je me suis impliquée de manière concrète dans les recherches de ton père. Pour mener à bien son projet de robot humanoïde, il avait besoin d’un cobaye acceptant de partager ses souvenirs, ses connaissances avec un ordinateur. Parce que ton père était persuadé qu’il était non seulement possible de créer une intelligence artificielle, mais aussi de transférer une personnalité à l’intérieur d’un robot. J’ai donc été le volontaire dont il avait besoin. Ses recherches étaient incroyablement complexes, réalisées sur son temps libre. J’ai toujours été admirative de son intelligence, persuadée qu’il mènerait son projet à son terme. Ma maladie et mon décès n’ont été qu’un moyen, une motivation supplémentaire lui permettant d’atteindre son but.
Ce soir, je vais mettre mon propre projet à exécution. J’ai déjà arrêté de prendre tous ces médicaments qui m’empoisonnent en tentant de retarder l’échéance. Je parlerai à ton père, je sais qu’il me comprendra. Je sais qu’il a compris parce qu’aujourd’hui, dans quelques années, tu lis cette lettre. Ne lui en veux pas des décisions qu’il aura été amené à prendre, du secret qu’il aura préservé même de toi. Sois fière de lui, de sa réussite. De la trace qu’il laissera dans l’histoire. Boris Yustinov fait partie de ces hommes qui changeront l’Histoire.
Le plus dur sera de ne pas voir la femme que tu deviendras. Mais celle qui viendra après moi sera fière de toi comme je le suis déjà. Elle t’aimera comme je t’aime. Et elle ne te quittera jamais.
Ta maman qui te portera toujours dans son cœur »